L’INTERVIEW IMAGINAIRE

«  VOLIA VOLNAÏA  » ou L’INTERVIEW IMAGINAIRE

 

Le journaliste

 Bonjour M. Gillier .

 L’interview que je vous propose, vous l’avez titré « Volnia Volnaïa » . Que signifie ce titre et quel rapport avec le sujet professionnel que nous allons évoquer ?

 

M. Gillier

 Ce sont des termes russes. Cela signifie en français littéralement « La libre liberté ». C’est opportun car c’est le titre d’un roman écrit par un confrère russe géomètre-expert  et qui vient d’être publié en France .

 Un titre pareil qui sort en Russie, ce n’est pas banal, vous ne trouvez-pas, alors qu’en France on titrerait plutôt en ce moment « La liberté surveillée » ! C’est assez surprenant dans un pays au régime que l’on dit « autoritaire » et sous surveillance.

 

Le journaliste.

 Vous avez raison : nous vivons une période où la liberté d’opinion et la liberté d’expression deviennent des délits en France surtout lorsqu’elles s’expriment publiquement. Alors pourquoi ce rapport entre ce titre et le droit de propriété ?

 

M. Gillier

 Je vais d’abord, par égard, vous présenter l’auteur de cet ouvrage. Notre écrivain russe s’appelle Victor Remizov. Il est géomètre-expert, a exercé son métier dans la taïga sibérienne extrême-orientale entre Iakoutsk et la mer d’Okhostk. Une région  immense particulièrement sauvage et inhospitalière pourrait-on dire, mais d’une beauté sans pareil. Il est venu s’installer ensuite à Moscou et est devenu journaliste. C’est son premier roman.

 

Le journaliste

 Je présume que vous avez lu son livre puisque vous en faites référence. ? Qu’en pensez-vous ?

 

B.Gillier

 C’est un roman où il introduit avec force son vécu : il décrit la nature sauvage, la rudesse du pays et la vie difficile des habitants, les traditions, le climat extrême. Mais aussi le silence infini et la liberté, la vraie liberté de dire et de vivre où un seul obstacle vient la troubler : les fonctionnaires moscovites et la corruption qu’ils transportent avec eux. Corruption qu’il a le courage de développer tout au long de son récit.

Mon ressenti correspond à l’esprit polémique de mon ouvrage sur le droit de propriété. J’expose concrètement la mainmise de l’Etat sur la propriété. Nos révolutionnaires ont bien insisté sur l’idée que sans le droit à la propriété il n’y pas de liberté.

 

Au fin fond de la Sibérie on se préoccupe surtout de droits de chasse et de pêche délivrés par les autorités locales (l’Oblast, le département régional) qui  font l’objet de toutes les attentions conditionnant la vie des habitants .

Le droit de propriété n’y a aucun sens, vue l’immensité d’une taïga « sans frontières ». Notre géomètre-expert devait probablement délimiter topographiquement ces droits d’usage qui s’étendent sur plusieurs centaines de kms tout en étant, semble-t-il, également géologue.

 

C’est un beau roman initiatique et c’est une belle image de la profession dans un pays étranger. On imagine la rudesse de son métier, loin de la France où nous nous amusons comme de grands enfants avec nos drones. C’est moins risqué.

 

 Le journaliste

 

En France, si votre métier est plus confortable, les préoccupations sont aussi différentes. Vous venez en effet d’écrire un essai sur les atteintes au droit de propriété qui a reçu un certain écho auprès du public et d’organismes professionnels de l’immobilier.

 

Par ailleurs vous avez participé dernièrement à une émission sur une radio parisienne « Radio-Courtoisie » sur le même thème, organisée par le professeur d’Université Olivier Tournafond qui a présenté votre ouvrage. Vous avez également été sollicité par une radio locale bretonne « Radio Kernews » sur le même thème. 

 

Que tirez-vous de cette expérience ? 

 

B. Gillier

 

Cette expérience m’a apporté beaucoup d’enseignements. D’abord sur le fait de constater que notre essai polémique a bénéficié de l’intérêt de nombreux auditeurs qui se sont transformés en lecteurs. Chacun s’est senti soudain concerné par le sujet.

Par ailleurs, nous avons reçu des courriers d’auditeurs qui expriment leur satisfaction de voir un géomètre se manifester en profitant d’ailleurs pour poser des questions, je dirais « subsidiaires » !

 

Devenant comme un bureau de renseignements, j’ajoute bénévole, à l’image de mon site internet où quarante mille visiteurs ont déjà consulté notre article sur la mitoyenneté. Ce sont des sujets qui interpellent le public.

 

Par contre, à contrario, nous avons pu entendre le silence assourdissant de nos représentants professionnels, comme si nous étions au fin fond de la taïga sibérienne. C’est assez significatif et symptomatique.

 

Le journaliste

 

Pourquoi un géomètre- expert a-t-il écrit cet ouvrage polémique ?

 

B.Gillier

 

Il nous a semblé intéressant d’intervenir dans ce domaine qui comme vous le savez concerne tout citoyen français. Si les juristes sont concernés par le droit de propriété, le géomètre-expert a aussi son mot à dire dans le débat.

 

Dans le milieu professionnel, le géomètre est devenu, poussé par les nouvelles technologies, un géomaticien pour qui la propriété est devenue un simple support d’activité. On se gargarise désormais de centaines d’acronymes divers et variés en exerçant dans un cabinet devenu un bureau d’études. Le géomètre foncier peut y perdre ses fondamentaux, comme on dit au rugby. Heureusement que certains ont encore la fibre du « foncier » !

 

Il faut reconnaitre que la défense du droit de propriété est un sujet délicat, très politique et polémique. Le géomètre rechigne à s’engager. Il se contente d’appliquer et de constater, soumis à la surveillance d’un Ordre qui impose en quelque sorte une obligation de réserve pour ne pas sortir des clous.

 A cet égard, savez-vous que la France n’est plus située qu’au 45ème rang mondial pour la défense du droit de propriété ( International Property Rights Index ) ?

 

Il y a donc beaucoup à faire pour le restaurer, si tant est qu’il soit encore possible de le faire.

 

Le journaliste

 

C’est stupéfiant. Pourtant la formation des géomètres-experts concerne bien les différents volets de la propriété ?

 

B.Gillier

 

Logiquement oui. Les géomètres-experts sont recrutés majoritairement dans trois Ecoles d’Ingénieurs qui forment des Ingénieurs-Géomètres. Ce sont de futurs ingénieurs qui peuvent épouser la profession mais n’ont pas de grande formation juridique. C’est basique et ils sont dans la nécessité de compléter leur formation .

 

Le dernier directeur en place d’une école que je ne citerais pas, s’est targué dans un article récent de la revue « géomètre » vitrine publicitaire de notre profession « d’avoir fait beaucoup d’efforts et de déplacements pour que cette école soit réellement prise en considération, affirmant « c’est maintenant chose faite »

 

Mais pour conclure pitoyablement son bilan en constatant « que le niveau d’adhésion des étudiants futurs géomètres a baissé, qu’il y a de moins en moins de candidats au concours d’entrée à l’école et que le niveau a été d’un niveau on ne peut plus bas ».

 

Cela n’augure rien de bon pour l’avenir, peut-être déjà pour le présent.

 

 

Le journaliste

 

 l’Ordre des Géomètres-experts dans tout cela, comment agit-il ?

 

B.Gillier

 

Usant de ma « libre liberté » comme dit mon confrère russe, je présenterais l’Ordre sous une forme sibylline :

Je dirais que l’Ordre est un organisme représentatif de la profession soumis à la tutelle d’un ministère qui change au gré des gouvernements car on ne sait pas très bien où le caser !

Il est encombrant et représente peu de chose pour l’Etat. Politiquement parlant c’est un petit lobby de 1500 voix. Une goutte d’eau dans l’océan.

Rien de comparable par exemple avec les notaires ou les architectes qui pèsent de tout leurs poids politique et financier ou bien les avocats par leur nombre.

 

Dans un Ordre, quel qu’il soit, tout est feutré. Le conseil supérieur est le royaume des tartuffes où chacun s’occupe à satisfaire son égo, le royaume des ambitieux appliquant sa devise « Servir pour se servir », suivant le dicton populaire.

Rien n’est innocent puisque ces membres se présentent volontairement aux élections professionnelles. Quand on peut, on sollicite si possible une médaille. Cela porte bien sur le col de son veston et indirectement sur sa publicité personnelle, surplus valorisant pour affronter la rude concurrence. C’est le petit monde de la politique en culotte courte.

 

En définitive un Ordre est comme le Sénat. Il coûte cher et ne sert pas à grand-chose. On pourrait très bien s’en passer. Les syndicats représentatifs se suffiraient à eux-mêmes pour agir pour le bien commun.

 

Le journaliste

 

La liberté d’agir de votre ordre est-elle aussi limitée que cela ?

 

B.Gillier

 

Sa mission de délégation de service public consiste à subir et à avaler les couleuvres  des décisions gouvernementales comme nous l’avons vu depuis des décennies avec le Cadastre numérisé de Paris , la Loi Carrez ou récemment dans l’aménagement des lotissements avec les architectes. Son action politique est donc très limitée. Son rôle étant essentiellement celui d’un lobby protégeant son petit monopole, la délimitation foncière, et assurant la discipline règlementaire de la profession, à titre accessoire, qui n’est guère utile puisque, comme l’expérience le prouve,  les loups sont déjà dans la bergerie.

 

Défendre le droit de propriété, notre sujet, est une autre affaire. Son domaine d’intervention est aussi très limité pour pouvoir agir sur les actions néfastes de l’Etat sans s’attirer les foudres de son Ministère de tutelle. Et puis me dira-t-on, ce n’est pas son rôle. Une façon comme une autre de se décharger du sujet.

 

Le journaliste

 

Mais alors les Ordres ont-ils encore une certaine utilité ?

 

 Ce sont désormais des gadgets. Le fait que notre Ordre existe encore de nos jours est déjà un exploit.

Je ne pensais pas que, 50 ans après être entré dans la profession celui-ci existerait encore. Nous avons traversé Mai 1968, comme géomètre parisien. Les autorités s’apprêtaient à supprimer les Ordres. Ce ne fut pas le cas. La balle nous frôla seulement l’oreille après diverses manifestations d’opposition.

Mais dans un jour pas si lointain notre monopole antédiluvien tombera, les lobbys corporatistes européens dominerons notre activité et le droit de propriété dans sa forme actuelle sera appelé à disparaitre. Nos bureaux d’études-géomètres ont déjà largement dépassé les frontières.

 

Le journaliste

 

Pourquoi dites-vous que le droit de propriété est appelé à disparaitre ?

 

B.Gillier

 

L’affaiblissement permanent du droit de propriété par les multiples contraintes que l’Etat lui assène, fait qu’il a perdu depuis longtemps son caractère « absolu » initié par la Révolution française de 1789. Divers processus l’ont terriblement affaibli : la municipalisation de sols, la politique de l’environnement, la socialisation du droit de propriété, la « vitrification des sols » par l’Etat et l’invraisemblable fiscalité.

 

Si je résume brutalement, je répondrais par le titre d’un ouvrage d’un juriste américain Thomas C.Grey paru en 2000 «  The desintegration of propriete in liberty. » ! Sans commentaire.

Aux Etats-Unis, la propriété dans son sens littéral n’existe plus dans les titres.

 

M.Chazal, professeur de droit à Sciences Po, nous précise que « même les juristes américains finissent par se demander s’ils savent encore de quoi ils parlent lorsqu’ils parlent de propriété. »

 

Nous devrions nous poser la même question en tant que géomètre, quand nous savons déjà que les 27 membres de l’UE ne sont pas toujours pas en phase sur la notion de « propriété ». Chacun suivant encore largement sa propre doctrine.

 

Le journaliste

 

Si nous évoquons le droit de propriété, le socle de l’activité de votre profession , comment se fait-il que peu d’articles apparaissent sur ce sujet dans votre revue ?

 

B.Gillier

 

D’abord comme je vous l’ai indiqué, le géomètre n’est pas un juriste. Il dispose de quelques notions de droit civil, de droit pénal, de droit de l’urbanisme ou de copropriété. Il touche à tout sans être un spécialiste.

La doctrine du droit de propriété échappe aux étudiants car ils ignorent tout de l’histoire de notre métier qui évolue pourtant en même temps que le droit. On ne peut appliquer correctement une jurisprudence sans connaitre historiquement les raisons de son existence.

En 1804, lorsque le Code Civil des Français parait, il a bien fallu que le géomètre qui a remplacé progressivement l’arpenteur, se résolve à « faire » du droit et comprenne l’évolution de la doctrine qui distingue le droit féodal du droit civil .

 En conséquence cela se ressent dans nos parutions professionnelles qui discutent rarement de la doctrine du « système juridique », et des critiques de son évolution. Et je le rappelle, le sujet est très sensible politiquement.

A tel point qu’un parti politique engagé dans l’élection présidentielle, que je ne nommerais pas, nous a répondu en insistant sur la relation intime qui lie « la liberté et la propriété » après avoir eu connaissance de notre ouvrage.

 

 

Le journaliste

 

Vos représentants manqueraient-ils aussi d’ouverture d’esprit ?

 

B.Gillier

 

Cela se peut. Je dirais simplement pour contourner la question que nos chers pingouins du Conseil Supérieur, pleins de suffisance, manquent déjà simplement d’éducation. Mai 68 a du gravement les polluer.

 

J’ai adressé amicalement (et gracieusement) à chaque Président de Conseil Régional, un ouvrage que j’ai écrit sur l’histoire de la profession « Le droit de propriété et l’arpenteur » en quelque sorte une façon d’essayer de clore intelligemment ma carrière professionnelle. Seuls trois ont bien voulu accuser réception sur la vingtaine d’envois. Les autres ont probablement été vexés de constater leur manque de culture.

 

C’est mauvais signe pour cette génération post soixante-huitarde. Il est vrai que lorsque j’ai créé mon Cabinet, les moeurs entre confrères étaient bien différents.

 

 Le journaliste

 

En conclusion, après ces impressions professionnelles et votre expérience radiophonique, quel est d’après vous, l’avenir de la propriété en France ?

 

B.Gillier

 

Suivant l’expression de l’économiste Nicolas Baverez « les français ne disposent plus que d’un viager sur les biens qu’ils croient posséder » Il ne faut pas grand-chose pour abattre définitivement ce chêne séculaire, un des piliers de notre Constitution.

 

Si les socialistes instaurent le principe des « loyers fictifs » aux propriétaires occupant leur logement, actuellement dans les cartons du gouvernement, cela pourrait achever pour longtemps « l’esprit de propriété » des Français, cher à Voltaire.

 

L’Ordre, pendant ce temps, ne fait du rivage, que regarder passer les épaves du droit de propriété…..

 

Le journaliste

 

Merci Monsieur Gillier d’avoir affronté cette interview….( non improvisé !.)

 

B.Gillier

 

Spasiba !  Merci à notre confrère russe qui nous a donné l’idée de cette interview.

 

 

 

Pour se procurer :

 

-       « Volna Volnaïa » de Victor Remizov – Editons Belfond – 21 euros. En vente sur le site Amazon.

-       « Péril en la demeure : Un aperçu des atteintes au droit de propriété. »  de Bernard Gillier–15euros. En vente sur le site internet « journaldunarpenteur.com »

-       « Le droit de propriété et l’arpenteur » de Bernard Gillier . En vente sur le site internet « journaldunarpenteur.com » 25 euros

 

NB : Radio-Courtoisie est une radio locale de Paris et ses environs

Si vous êtes intéressé, vous pouvez toujours écouter l’enregistrement de cette émission en cliquant sur le site de Radio-Courtoisi . Ensuite vous effectuez une recherche ( à droite de la page d’accueil) sur « Olivier Tournafond » . Vous verrez apparaitre une liste d’émissions qu’il a dirigé. L’émission concernant le droit de propriété est annoncée dans « Libre journal du droit et des libertés du 14 Février 2017 » et titrée « Les atteintes au droit de la propriété immobilière »

( enregistrement en deux parties)

 

 

LA GUERRE CIVILE EN FRANCE

OPINION : VENDREDI 13 NOVEMBRE, LA GUERRE CIVILE EN FRANCE.

 

Le moment de stupéfaction et d’horreur estompé, chacun a besoin de dire son fait sur ce qui s’est passé. Les médias et les journalistes y vont à grand renfort d’avis de « spécialistes ». Vieux Gaulois comme des millions d’autres français je peux avoir aussi le mien. Il est temps de vider son sac avant que la liberté d’opinion soit censurée.

1-     1-La guerre sur notre sol sol depuis vingt ans…

 Il y a vingt ans, le 25 juillet 1995, j’étais comme des milliers de gens dans le métro parisien. Ce jour là, à cet heure là. A la station de métro « Saint-Michel » eut lieu une terrible explosion : 8 morts et 177 blessés. C’était le premier attentat de terroristes islamistes. D’autres suivront.

Hollande « l’insignifiant opportuniste » et Valls « l’attardé congénital » selon l’écrivain Michel Houellebecq, étaient peut-être à ce moment là, comme les jeunes branchés du 13 Novembre, à se payer une bière au « Café de Flore » .

Apparemment, cela ne les a pas trop traumatisé car depuis vingt ans que le terrorisme monte en puissance en France, que la montée de l’islamisme radical crève les yeux, aucun politique et surtout pas nos chers progressistes n’ont voulu le voir. Pourtant j’ai toujours ces images des civières sortant de la bouche de métro en mémoire et cela je ne l’ai pas oublié.

Hollande « le ravi de la crèche » depuis plus de trois ans n’a rien fait, pas plus que les autres guignols malgré l’augmentation évidente de signes préoccupants. Comme l’exprime Philippe de Villiers, le Président actuel a une « responsabilité criminelle » sur la situation de la France et plus particulièrement depuis le 11 janvier 2015 quand « Charlie Hebdo » fut décimé.

« L’attardé congénital » l’excité, a brutalement découvert ces derniers mois que nous étions en guerre. Hollande, quelques semaines plus tard, le suit dans cette voie et le confirme devant le Congrès de Versailles. Mais ils ont volontairement oublié d’ajouter que, si nous ne sommes pas aveugles, il y a bien des français qui ont tué à la kalachnikov d’autres français. Nous sommes donc si je ne m’abuse dans le début d’une guerre civile bien réelle qui touche notre pays et que personne bien entendu ne voudra reconnaitre ouvertement. Sujet trop sensible aux yeux de nos pieds-nickelés.

On se moque bien des termes grandiloquents des intellos bobos : Guerre de civilisation ou guerre de religions, on s’en fout. Le problème, c’est que dans les deux cas, nous avons le même ennemi.

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