DU BON USAGE DE LA NOVLANGUE

DU BON USAGE DE LA NOVLANGUE

 

J’ai trouvé curieux il y a une quarantaine d’années de voir le dépôt d’ordures de ma commune, se trouver affublé tout à coup d’une belle pancarte signalant : Déchetterie.

Attitude de réac, J’ai pensé alors à une plaisanterie technocratique de nos fonctionnaires communaux en mal d’activité intellectuelle.  Mais ce constat a provoqué chez moi un choc, me demandant si finalement je parlais un français correct ou mal adapté. Pourquoi donc se tortiller l’esprit à remplacer un terme  par un autre qui finalement signifie la même chose ?

J’ai pensé, comme tout le monde que déchetterie occultait celui d’ordures, et que les voisins de ce site trouveraient un certain réconfort, ou tout au moins une consolation, à vivre à proximité d’un lieu nauséabond.

Mais  il se trouve que ce raisonnement qui me justifie, devient plus marécageux lorsqu’il s’agit du fond.

Je découvrais en fait, la novlangue. Ce terme, vous le savez,  fait suite au célèbre ouvrage de l’écrivain George ORWELL «  1984 » qui écrivait :

«  Ne voyez-vous pas que le véritable but est de restreindre les limites de la pensée? A la fin, nous rendrons littéralement impossible le crime par la pensée car il n’y aura plus de mots pour l’exprimer.

« Tous les concepts nécessaire seront exprimés chacun exactement par un seul mot dont le sens sera délimité. Toutes les significations subsidiaires seront supprimées et oubliées.

« Le processus continuera encore longtemps après que vous et moi seront morts.

« Chaque année de moins en moins de mots, et le champ de la conscience de plus en plus restreint. Il n’y a plus dès maintenant, c’est certain, d’excuse ou raison au crime par la pensée.

« C’est simplement une question de discipline personnelle, de maîtrise de soi-même.. mais même cette discipline sera inutile en fin de compte. La Révolution sera complète quand le langage sera parfait…

« Vous est-il jamais arrivé de penser, Winston, qu’en l’année 2050, au plus tard, il n’y aura pas un seul être humain vivant capable de comprendre une conversation comme celle que nous tenons maintenant

« 1984 » G.ORWELL

Ce qui nous affole en pensant que tout devient artificiel : il faut désormais cacher le réel par un langage approprié et réductif.

La définition qui m’est apportée par le site Wikipédia, renforce mes inquiétudes et mon angoissante question : Dans quel monde vis-tu maintenant ?

« Plus on diminue le nombre de mots d’une langue et plus on fusionne les mots entre eux.

« Plus on diminue le nombre de concepts avec lesquels les gens peuvent réfléchir en éliminant les finesses du langage, plus on rend les gens incapables de réfléchir , et plus ils résonnent à l’affect .

« La mauvaise maîtrise de la langue rend ainsi les gens stupides et manipulables par les instruments de propagande massifs tels que la télévision .

Bref on est en train de faire de moi un zombie heureux (ou un imbécile, si vous préférez ). En somme une larve sans tête désormais incapable de réagir ou se révolter. Est-ce là les idées progressistes dont on nous serine les oreilles depuis des années.

Le fait de subir le « politiquement correct » qui règne en maître dans nos médias  depuis des années est en fait une découverte pour moi..

Pour revenir aux exemples concrets, chacun a pu voir évoluer nombre de professions passant de la catégorie subalterne, pour passer au statut supérieur dans la société « clean » d’aujourd’hui.

-les concierges sont devenus des gardiens d’immeuble

-les femmes de ménage,  des aides-ménagères

-les instituteurs , des professeurs d’école,

- les fonctionnaires, des agents publics.

-les ouvriers de production, des collaborateurs d’atelier

- les filles de salle de l’hôpital sont devenues des aides-soignantes

- les facteurs, des préposés au courrier, etc…

Je n’irais pas à suggérer comme le professeur Gilles Simonnet que les  anciennes stagiaires des maisons de tolérance, ou les call-girls sont désormais des « doctoresses en relations humaines » .

Bref, une façon de flatter l’amour–propre sans pour autant toucher à la feuille de paye tout en aseptisant le langage. « Ces  gens-là , monsieur » comme disait Jacques Brel, sont désormais intégrés dans le moule de notre société « progressiste » et ne forme plus une caste « d’intouchables » . C’est donc bien par ce nouveau langage qu’on cache la réalité des choses.

Mais si la novlangue se limitait à cela , le risque que nous pourrions encourir n’irait pas très loin. Les sociologues par exemple se délectent de cette tournure d’esprit. Ils créent un charabia incompréhensible pour le commun des mortels telle la réflexion d’une universitaire sur l’utilisation d’internet :

«  La société en ligne nous ferait passer de l’instance englobante de nous à la religion du you, à la fois, pluriel et singulier, injonctif et convivial. »

Je pourrais en sourire.

Mais plus grave, nous assistons désormais à  l’utilisation de la novlange  comme une vision totalitaire, façon subliminale d’expulser nos idées préconçues de notre cerveau. Il faut désormais une unique pensée  pour chaque citoyen, « la pensée unique » . Chacun a pu en constater les effets dévastateurs :

-Vous n’entendrez plus parler d’émeutes mais « d’incidents »

-Un ministre parlait de « sauvageons. »  et non de voyous.

-Les églises, mosquées, etc.. sont devenues des « centres culturels et religieux »

-Vous n’entendrez plus parler de discrimination positive, mais « d’encadrement différencié »

-Un immigré devient un « homme privé de papiers »

-L'homme noir est devenu le « black » qui fait partie des « gens de couleur »

- La prison n’existe plus ; c’est devenu un « lieu de privations de libertés . » etc..

Bref, c’est une façon de cacher la réalité, de créer une société aseptisée de toute opinion personnelle. Nous devons suivre une ligne directrice celle de la pensée unique sustantée par la novlangue qui finalement maitrise tout : notre comportement, nos idées, notre intime, nos opinions . Bienvenue chez les bisounours du XXIème siècle..

 

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