première guerre mondiale

1914-1918 un grand-père sous l'arc de triomphe

Les GILLIER , ou tout au moins  une partie du clan , sont originaires de l’Anjou

( Mayenne, Maine et Loire)

Ma famille en fait partie. Mon père, Georges Gillier, est le fils de Charles Louis François Auguste. C’est le patronyme de mon grand-père.

Charles et sa femme Berthe Madeleine Louise GABILLARD, vivent paisiblement dans une petite ferme située au lieudit La Coudre , sur la Commune  de   MENIL , non loin de SEGRE, dans la Mayenne . Ils ont trois enfants, Berthe l’ainée, Charles, et Georges  mon père , le cadet.

Mon grand-père est né dans une ferme dite la ferme de l’Aulnay, sur la Commune de Bourg d’Iré, proche aussi de SEGRE, le 22 Octobre 1878.

Les origines lointaines de cette branche familiale se situent au village de Logerie proche du Château de RAGUIN, et situé entre CANDE et SEGRE.

Vie simple d’une famille paysanne, et du labeur de l’aube au coucher du soleil dans la ferme .

Mon père Georges, le petit dernier, naît le 6 février 1914. La vie s’écoule au gré de la douceur angevine mais du fin fond de la campagne comme ailleurs, le bouche-à-oreille fonctionne. À cette période, des inquiétudes montent au cœur des villages. Des menaces de conflits sont signalées brutalement. Et c’est la confirmation quelques mois plus tard.

Le 3 Août 1914, l’Allemagne déclare la guerre à la France.

Ma grand-mère rassure son mari. Il a 36 ans, 3 enfants en bas–âge, aucun revenu autre que celui de la terre pour nourrir sa famille. Les jeunes conscrits auront largement le temps de battre notre ennemi avant qu’une menace quelconque s’abatte sur eux.

Mais les opérations sur les champs de bataille s’embourbent et ne semblent pas se passer comme on le souhaiterait. Les années de guerre passent : 1914 Et 1915 sont des années ou les attaques et contre-attaques se multiplient. En 1916, un front se stabilise : le Front de Champagne qui passe par Verdun. C’est devenu la guerre des tranchées. Les soldats y tombent comme des mouches fauchés par les mitrailleuses ennemies.

On explique jour après jour :

«  le 27 février 1916 : les Allemands attaquent plus à l’Est le saillant de Navarion. Après un bombardement de trois jours, ils enlèvent la ligne avancée sur 1600 mètres, progressent rapidement dans les boyaux et prennent pied dans plusieurs points d’appui de la 2è ligne. Ils en gardent trois malgré nos contre-attaques. Plus d’un millier d’hommes ont disparu des 19é et 26è bataillons de chasseurs ( 127 è DI )

«  le 6 mars 216 : la 42è DI ( 154e,155e,150e,150e,161e RI) part à VERDUN . Comme l’ennemi enserre dans une tenaille de travaux d’approche le « Chapeau de Gendarme » à 2,5 km Sud-Est de Sainte-Marie à Py, ainsi que le saillant A1bis à 3km Sud de Saint-Soupplet, enveloppant donc à très courte distance, comme à Navarin, notre ligne de résistance, le Général GOURAUD décide de faire sauter l’une des branches en chacun des points menacés et d’enlever « le bec de canard » et le bois 372. Une action simultanée des deux bataillons de chasseurs dès 294è ( 56e DI) et 67è RI ( 12è DI) est engagée le 15 mars . Elle est précédée d’une préparation d’artillerie de 5 heures. Hélas, cette attaque locale est un échec et le Général Gouraud décide alors qu’il n’y a pas lieu de continuer des attaques dirigées sur des points ou l’ennemi a manifesté lui-même des intentions offensives et où il est particulièrement fort. Il décide que les troupes doivent améliorer leurs abris destinés à les soustraire aux tirs d’artillerie ennemie, renforcer les lignes de défense et développer les grands principes de la résistance à outrance, car il n’est plus envisageable de voir l’ennemi récupérer peu à peu le terrain conquis en septembre 1915. Le front de Champagne doit devenir impénétrable avec ses 4 lignes de défense : Deux positions défensives, position intermédiaire et enfin position arrière  »

Voilà la situation du moment.

« le 24 Mars , l’aviation ennemie bombarde la région de CHALONS , où de trouve le quartier général de la IV è armée .

Le 28 Mars, la 22è DI ( 62è,116è,19è,118è RI ) part à VERDUN .

Peu à peu, l’activité sur le front de Champagne va se limiter à quelques tirs d’artillerie et quelques coups de mai. Les troupes fraîches allant à VERDUN et revenant pour se reconstituer et se reposer, la Champagne allait connaître une période de repos. »

C’est le moment choisi pour remplacer les troupes décimées. A cette période, justement mon grand-père reçoit la visite du gendarme accompagné de la lettre de mobilisation . Un grand drame familial. Mon grand-père qui ne sait même pas tenir un fusil ! Et à 36 ans avec une famille à nourrir. Pouvait-il imaginer ?

Au service de recrutement de LAVAL, on lui attribue le matricule 1898.

Il sera affecté dans le 254è régiment d’infanterie . Il est stationné semble-t-il à Vitry le François pour se reconstituer , à moitié décimé . Je présume que mon grand-père y subira un minimum d’instruction, l’usage de la charrue étant plus sa spécialité que celle du fusil et de la baïonnette. On se retrouve au temps de la Révolution Française avec les recrutements de force dans la campagne française.

« Le 1er Avril 1916, on signale que la 13è Division d’infanterie , comprenant le 17è , 21è, 109è régiments d’infanterie et les 20è et 21è Bataillons CP prennent le secteur de TAHURE , Butte de Mesnil , cote 193.

« le 4 Avril, la 69è Division d’Infanterie, qui sera composée des 287è, 306è ,251è, 254è, 267è Régiments d’infanterie part à VERDUN.

 

Mon grand–père ayant intégré la 254è compagnie, fera donc partie de cette fournée sacrifiée d’avance .

Ce même mois, les soldats russes, débarqués à Marseille, « et choisis parmi les plus braves. » et commandés par des officiers les plus réputés , arrivent au camp de MAILLY

Le général GOURAUD avait constitué derrière la ligne de front des camps d’entrainement pour former les nouveaux arrivants : les chefs de bataillon et les capitaines suivirent une formation de 3 jours pour les combats de tranchées et luttes contre les guerres de position !. Les simples soldats suivaient la même formation..... y compris mon grand-père.

Un nombre impressionnant de divisions d’infanterie part sur Verdun :

Le 9 mai, la 124è DI , le 16 mai, la 123è DI, 17 Mai, la 126èDI , le 21 Mai la 151 DI .

Parti le 4 Avril pour VERDUN avec le 254 è régiment, il ne restera pas longtemps en vie. Le 23 Mai, mon grand–père probablement fauché dans une sortie de tranchée, tombe à CUMIERES, lors d’une attaque sur la colline de Mort-Homme., situation stratégique prise et reprise par l’ennemi, autour de VERDUN.

Sa fiche militaire signale «  tué à l’ennemi  à CUMIERES » selon la formule consacrée.

Un mois avant le général GOURAUD avait écrit à sa mère :

«  je me suis rendu à VERDUN au poste de commandement du général PETAIN. Visite au Général BERTHELOT, commandant du 32è CA , qui était il y a peu à la IVè Armée, en arrière du Mort-Homme. Dans toute cette région, une incroyable activité : la campagne, les bois sont remplis de troupes, de chevaux, de hangars d’avions, de batteries, de dépôts de matériels, d’équipages de ponts. La grande route de Bar à Verdun , qu’on appelle « La voie Sacrée » , couverte de camions-autos qui se suivent à 10 m . Une armée de cantonniers travaille à la route . le ciel est plein d’avions et de ballons . L’ennemi peut s’user les dents : la place est bien gardée. En rentrant , je suis passé à ma vieille 10è DI ( que je commandais pendant l’hiver 14-15) qui est toujours dans les parages où je l’ai laissée. Passé à Clermont, aux Islettes, évacués depuis le dernier bombardement. Hier, j’ai vu le Général LOKHVITSKI , qui commande la brigade russe qui vient d’arriver au camp de Mailly … «

CUMIERES : Célèbre village, qui sera l’un des 9 villages qui seront totalement rayés de la carte de France. Cumières, sans habitant, est désormais un lieu de souvenir. La commune dispose de sa stèle reconnue et sera honorée en 1921 comme « Mort pour la France. »

Mon grand-père, « tué à l’ennemi », est lui aussi « Mort pour la France» .

Il laissera derrière lui une veuve et trois orphelins dont mon père qui avait alors deux ans , livrés à leur sort .

Un jugement du Tribunal de Château-Gontier reconnaitra le 28 novembre 1918, sa disparition et sa distinction. Il fera partie des cinq cent mille morts de la bataille de VERDUN, dont des dizaines de milliers auront à jamais disparus dans ce carnage et ne seront jamais retrouvés.

Est-il celui qui fut choisi parmi les 8 cadavres pris au hasard, pour reposer sous l’Arc de Triomphe, dans la tombe du Soldat inconnu ?

Fait-il parti des corps regroupés dans une nécropole située à AVOCOURT qui regroupe 1888 soldats découverts sur la cote 304 et la colline de Mort-Homme à CUMIERES ?

Nul ne le sait. Un registre exécuté par l’INSEE, note aussi l’existence d’un GILLIER Georges, Louis , Ernest,  au mémorial de AVOCOURT. Peut-être un autre membre de la famille. En 1918, toutes les forces vives de la nation avaient été sacrifiées.

Toujours est-il que mon grand-père figure sur le monument aux morts de la commune de MESNIL. Quelle dérision ?

Ils ont tellement de mérite, qu’ils savaient pour la majorité d’entre eux, qu’en quittant leurs champs et leur famille, ils ne reviendraient pas vivant. Ce n’était pas des professionnels de la guerre. Ils allaient simplement défendre leur patrie…

On l’a tué pour rien. Il fait partie des deux millions de morts de la guerre 1914-1918. Une bagatelle à effacer des livres d’histoire … pour certains esprits. Paix à son âme

Mon père n’a pas connu son père. Et le petit-fils n’a pas connu son grand-père, mais je suis très fier de lui. Sa mémoire fait partie de mes racines et son sang coule toujours dans mes veines.

Je ne t’oublie pas. Même si les biens-pensants de la pensée unique d’aujourd’hui, manipulés de toutes parts par des esprits tordus et haineux, ne se foutent pas mal de ceux qui ont fait notre histoire.